
L'histoire:
Une fanfare de la police égyptienne, oubliée lors de son arrivée sur le sol israélien, échoue dans une petite bourgade désenchantée.
La critique de Noriegras:
Le cinéma israélien d'aujourd'hui qui prétend à s'exporter est dans son genre plutôt bon. On ne sait trop pourquoi, celui-ci semble vouloir se cantonner exclusivement à de jolies comédies douces-amères un brin utopiques. Celles-ci sont la plupart du temps inspirées et ne sont jamais avares en échappées poétiques. Elles savent aussi se faire drôle quand il le faut et devenir plus grave l'instant d'après. Et globalement, leur thème central traite toujours de la rencontre avec l'autre - étranger - et de la dimension révélatrice qu'elle comporte en elle. On peut ainsi citer de tête quelques petites perles comme "Va, vis et deviens", "Les Méduses", "La fiancée syrienne" (mon préféré) auxquelles ont peut même ajouter "Intervention divine" du Palestinien Elia Suleiman.
Pour son premier film, le réalisateur Eran Kolirin s'applique à reprendre les recettes de ses prédécesseurs. Pari largement réussi puisque "La Visite de la fanfare" s'inscrit dans la même lignée de bonne facture. Pour autant, le film n'est pas vraiment ce qu'il prétend être en refusant de jouer sur un antagonisme trop attendu entre ici, des Égyptiens paumés et là, des Israéliens passablement largués. Pour Eran Kolirin, il n'est finalement guère question d'évoquer le passé douloureux ni même de trop jouer du burlesque de sa situation de départ mais bien de sonder l'âme de ses personnages. Faisant fi des tabous, le film peut alors évoquer des sujets tels que la solitude, l'amour ou même le sexe, un peu comme s'il n'y avait plus ce choc de civilisations sous-tendu par la rencontre initiale du film.
De ce choix, quelques instants vraiment réussis apparaissent. Comme cette scène de drague à trois dans un dancing désolé. Mais le film doit surtout beaucoup au charme de Ronit Elkabetz, la quarantaine magnifique. On se laisse donc charmer par cette fable qui semble maîtrisée de bout en bout. Le problème cependant - il y en a un - est que tout cela paraît vite trop lisse. "La Visite de la fanfare" souffre en effet des mêmes maux que "Les Méduses", l'autre grand film israélien sorti en 2007. Trop plein de bonnes intentions et d'humanisme artistique militant qu'on n'oserait critiquer, le film n'arrive pas à se transcender et à sortir de ce côté joli et joliment fait. Peut être - pure hypothèse - aurait-il fallu prolonger le séjour de la fanfare égyptienne sur plusieurs jours, ne pas le réduire à une seule nuit afin de tisser davantage la cocasserie de la situation ou afin de mieux laisser se former les sentiments entre les personnages.
C'était le risque de ne prendre justement aucun risque. Car d'un point de départ prometteur, on n'obtient au final rien de plus qu'un gentil conte teinté d'amertume, sans aspérités ni grandes envolées baroques. Juste de quoi glaner quelques prix de seconde catégorie en festival (le film a reçu entre autre le Prix de la Jeunesse à Cannes). C'est déjà pas mal et cela constitue sans doute une étape politique plus forte qu'elle n'y paraît.
La note de Noriegras: 11/20
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