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vendredi 7 mars 2008

Bienvenue chez les Ch'tis

L'histoire:

Philippe Abrams, directeur de la Poste de Salon-de-Provence est muté à Bergues, petite ville du Nord, pour mesures disciplinaires. Persuadé d'aller vers l'enfer déprimant du Nord-Pas-de-Calais, il va pourtant découvrir la joie de vivre des Ch'tis.

La critique de Noriegras:

Après seulement quelques jours d'exploitation, "Bienvenue chez les Ch'tis" est déjà une aubaine pour le cinéma français. Une sorte de bouffée d'air frais après les coups de grâce qu'ont failli lui porter quelques films navrants dont il vaut mieux taire le nom. Résumons: un immense succès populaire, une presse unanime et une côté tellement attachant que la moindre critique à l'endroit du film pourrait être considérer comme un acte de mauvais esprit. Tous les ingrédients sont donc bien réunis pour faire du film une référence, un étendard de la comédie française du XXIè siècle. Pourtant, j'estime pour ma part que "Bienvenue chez les Ch'tis" n'est que dans l'aboutissement triste d'un système français à bout de souffle. Car alors que les Américains semblent aujourd'hui réinventer le genre de la comédie (voir "Juno", "Supergrave" ou "Les Rois de la glisse"), les Français en sont encore à faire dans la gauloiserie. En voyant "Bienvenue chez les Ch'tis", on croirait en effet être revenu à l'aube des années '80, à l'époque des "Bronzés". Alors, est-ce là l'avenir de la comédie à la française? Je reste sceptique.

Soyons francs, "Bienvenue chez les Ch'tis" possède quelques qualités. La première est d'être un anti-"Astérix aux Jeux Olympiques": une histoire qui aurait pu se tenir, pas de méga-stars dans des rôles débiles et pas de budget mirobolant. Le film de Dany Boon est plus justement pavé d'intentions sincères et parvient même à être drôle, de manière épisodique. Malheureusement, ces qualités ne suffisent pas à sauver le film du désastre. D'abord parce que le principal procédé comique du film - qui tient sur l'incompréhension du langage Ch'ti - est trop prévisible. C'est un peu comme si, sûr d'être confronté à un public bas de gamme, le film s'obstinait à tout justifier, tout décoder, même les gags les plus appuyés. Cela donne des quiproquos systématiquement conclus par des répliques du genre: "mais non, si t'as pas compris, c'est parce qu'en fait je voulais dire...". Au bout de deux fois, on a compris. Mais quand la formule est assénée tout au long du film, cela en devient carrément fatiguant. Et en y réfléchissant bien, même le pauvre "Camping" avait l'avantage de ne pas être aussi redondant dans ses gags.

Dans la foulée, côté acteurs, c'est la Bérézina. Zoé Félix est égale à elle-même et est donc pathétique dans un rôle caricatural au possible. Dany Boon, lui, fait son show habituel et mange trois mots sur quatre en se fendant de rictus atroces. Quant à Line Renaud, sa composition est tellement appuyée qu'on se demande si elle n'avait pas en tête de torpiller le projet à elle toute seule. Dans tout cela, seul Kad Merad s'en sort relativement épargné. Mais l'impression la plus gênante arrive lorsque l'on découvre que "Bienvenue chez les Ch'tis" n'est rien d'autre qu'une vaste campagne publicitaire de la région Nord-Pas-de-Calais. Comment promouvoir les plages du Nord? On crée une scène à Bray Dunes et on met bien en évidence des chars à voile, des cerf-volants et des chevaux bien dociles. Et pour la ville de Lille? Pareil, un plan en extérieur dans les ruelles pavées du Vieux Lille suffira à faire venir les touristes en nombre. Le coût de l'opération, on le connait désormais: 600000 euros de subvention de la région accordée à la boite de prod (selon Rue89.com). Ce sont finalement les agences de comm' qui risquent de ne pas apprécier cette concurrence déloyale.

La note de Noriegras: 6/20


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